samedi, 09 mai 2009

Je l'aimais

je l'aimais.jpgLe deuxième roman de la formidable Anna Gavalda, qui, par son oeuvre pourrait être une preuve suffisante de la bêtise de ce tâcheron de Don Morrison, l'homme qui a prétendu la mort de la culture française.

Chez Gavalda, l'histoire en elle-même a en fait assez peu d'intérêt, elle s'attache toujours à proposer des personnages et à les faire évoluer dans une histoire assez simple, principalement dans le but d'utiliser des situations comme révélateurs des personnalités, comme médium pour revenir par le biais de flash-back très fréquent (qui laissent parfois complètement de côté l'intrigue principale) aux traumatismes initiaux fondateurs des personnages. D'où la grande bêtise de Becker quand il adapte Ensembles c'est tout au cinéma de se focaliser sur une narration linéaire, espérons que l'adaptation du présent roman par Zabou Breitman sera plus inspirée….

Dans Je l'aimais, suite à une rupture douloureuse avec son mari, une jeune femme part avec ses deux filles et son beau-père vers une maison de campagne qui devient bientôt le décor unique de la narration, un lieu pour un long dialogue nocturne entre beau-père et belle-fille.

Le grand-père va alors progressivement sortir de son personnage social pour conter à la femme trompée sa propre histoire, initiative quelque peu incroyable puisqu'il va lui parler de sa propre infidélité, mais au-delà du choc émotionnel (peut-être bénéfique) que le discours va alors provoquer, le vieil homme veut surtout faire passer le message que la vie doit être vécue comme on l'entend, selon ses propres choix et non pas sous la domination d'une passivité empreinte de morale.

Le roman a l'intelligence d'être assez court pour ne pas lasser dans la simplicité de sa forme, et quelques scènes sont vraiment drôles comme celle où il raconte sa première rencontre avec celle qui va devenir son amante, alors traductrice pour une rencontre avec un gros client chinois et qui lui traduit alors que le client refuse de continuer l'entretien parce que son interlocuteur est en train de tomber amoureux, situation vaudevillesque et très amusante.

Au cinéma par Zabou Breitman depuis mercredi

vendredi, 27 juin 2008

Ensemble c'est tout

Ensemble c'est tout.jpgEnsemble c'est tout… c'est un peu le parti pris des producteurs de ce film (car il est clair que c'est avant tout un film de producteurs tant l'incapacité à donner avec des images une adaptation ne serait-ce qu'intéressante du très bon bouquin de Anna Gavalda est criante, d'ailleurs je cris: "aah!") qui se sont contentés de rassembler les deux plus gros tacherons bancable de la jeune génération française (qu'est ce que c'est jouissif de dauber): les inénarrables Guillaume Cannet et Audrey Tautou.

Il est alors intéressant de noter comme parfois l'image technique du cinéma n'a pas la capacité de satisfaire le spectateur, comme l'image mentale du roman peut le faire.

Le réalisateur, Claude Berri (car réalisateur il y a, et même pas mauvais, mais seulement de 83 à 86 quand il tourna Tchao Pantin, puis Jean de Florette et Manon des sources) a eu en fait l'adaptation assez malheureuse, puisqu'il a, à mon goût, occulté le meilleur de l'écriture du Gavalda en faisant le choix d'une narration linéaire, au présent, et donc en supprimant toute l'épaisseur des personnages, et même presque tout à fait les personnages qui n'ont alors plus ce passé si riche qui donne tout son sens à l'intrigue et à ce qu'ils font de leurs vies et pourquoi il ont ces rapports entre-eux pendant le temps du récit, c'est ce qu'on appel la diégèse, monsieur Berri!

mardi, 17 juin 2008

La Consolante

La Consolante.jpgAprès la jeune Camille, c'est au tour de Charles Balanda d'entrer dans le cabinet de la psychanalyste/romancière, pour, en 600 pages revenir une bonne fois sur son passé, solder ses comptes avec son enfance, vivre encore les parties fondatrices et traumatisantes de sa vie pour se donner enfin le droit à la dernière partie, la Consolante, celle qui ne donne plus la peine des enjeux fondamentaux, qui rachète toutes les autres.

Le roman est construit en trois parties, en trois types de narration: le récit, l'écriture et l'émotion, styles qui donnent un ton et permettent l'évolution narrative.

Le récit laisse la place à quelque chose de classique, où l'on suit les pérégrinations d'un héros au tournant de sa vie.

L'écriture comme un emprunt au nouveau roman, ce qui rend alors le livre très formel, avec une utilisation intensive du passé simple pour décrire des suites d'actions sans indication de durée; écriture formelle qui est même décryptée par la romancière qui nous propose ses pistes pour la suite, formalise ses doutes.

L'émotion si proche de l'écriture de Ensemble c'est tout, là encore des êtres asociaux vont parvenir à la construction familiale idéale et structurante dont on ne peut rêver que lorsqu'on est personnage de roman…

Une lecture jubilatoire encore, un roman qui se dévore et qui n'a sûrement pas la bêtise de la simplicité.