vendredi, 06 novembre 2009
Petites Eclipses
Lorsque deux auteurs de BD se rencontrent pour travailler ensembles, en se mettant comme contrainte la création de trois personnages chacun ET de mettre d'eux-même dans ces personages, le résultat resemble à explosion d'une personnalité en six occurrences.
Cinq amis donc prennent quatre jours en gîte rural, sous le prétexte d'admirer une éclipse, un couple, une ex, un homo, un homme marié, amis de longue date, rejoinds par un sixième individu, une gamine, 19 ans, cyber (et futur réelle) maîtresse de l'homme marié. Et comme les hommes ont décidé de profiter de l'occasion de cette parenthèse pour régler des comptes avec leurs vies, le calme propice aux vacances est de courte durée: 1 page sur 292.
Et les trentenaires s'enflament, et ça geulle, énormément, ça ne communique qu'à coup de grandes vérités (un peu comme dans Saga de Benacquista, quand les scénaristes décident que leurs personages ne diront plus que des phrases nues).
Cette situation très électrique devient presque fatiguante, mais la qualité du trait aide beaucoup à supporter les grosses bulles écrites en gras.
On s'attarde surtout sur la situation du type qui va tromper sa femme et du couple dont le mec a invité sa maitresse pour réconcilier les deux femmes (mais quelle drôle d'idée…?), mais c'est l'homo, célibataire (lui) qui va tomber amoureux d'un autochtone, qui a une tante, qui possède un don de médium: entrée d'un personnage incroyable, omniscient et caustique, qui va, lors d'une séance de thérapie de groupe, finir de secouer le panier des traumatismes individuels et collectifs de la petite bande, jusqu'à l'explosion qui autorise le dénouement.
Je serais Télérama, je dessinerais un pti bonhome super content.
18:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : petites eclipses, fane
lundi, 05 janvier 2009
Les quatre fleuves
Deux jeunes volent à la tire la sacoche d'un vieux monsieur, qui s'avère beaucoup moins fragile qu'ils ne l'avait imaginé, il retrouve le premier qu'il tue, le second survie parce que membre d'une famille soudée et originale composée de quatre frères potentiellement descendants d'un père illuminé qui s'attèle à une reconstitution en canettes de bières d'une sculpture immense dans son jardin.
Et puis bientôt arrive Adamsberg, l'éternel commissaire de Vargas qui voit dans l'affaire le nouvel épisode d'une enquète sur un meurtrier récidiviste et qui va, comme à son habitude s'imprégner du lexique de ses personnages pour parvenir à résoudre cette nouvelle énigme par le truchement de sa réverie.
Un scénario écrit pour cette mise en image et non pas une adaptation, mise en image relative puisqu'une partie des textes restent entiers pour filer de temps à autres vers une série de cases dessinées.
Il est toujours étonnant de voir représenter en image des héros de roman, mais Adamsberg et Danglard arrivant assez tard dans le récit, on a déjà eu bien l'occasion de se familiariser avec les traits de Baudoin.
17:23 Publié dans BD, Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : les quatre fleuves, fred vargas, edmond baudoin
vendredi, 05 décembre 2008
shutter island
L'univers riche et fort de Lehanne continue de faire des émules avec cette adaptation de son Shutter Island en BD.
Une initiative lancée par la collection Rivages/Noir, dans une série de romans adaptés en dessins qui donne lieu à des collaborations intéressantes entre auteurs des deux médias.
Déjà adapté au cinéma par Clint Eastwood pour Mystic River et Ben Affleck pour Gone baby gone, Denis Lehane est principalement l'auteur d'une série de romans ayant pour décor les quartiers pauvres de Boston et mettant en scène un duo/couple de privés réglant avec violence et témérité des affaires sordides.
Laissant de côté sa série Kenzie/Gennaro depuis 98, il écrit désormais des romans plus singuliers, comme Shutter Island en 2003.
Celui-ci met aussi en scène un duo lancé dans la résolution d'une enquète policière, mais ici, il s'agit de deux marshals fédéraux. Une des patientes/prisonnières d'un hôpital psychiatrique/prison aux techniques modernes s'est échappée et les deux hommes ont alors pour mission de la retrouver.
Du fait du statut de ce lieu particulier, des techniques alternatives qu'on y emploie et de la nature des prisonniers, les possibilités pour les deux policiers de mener une enquète de manière classique se révèlent de plus en plus ténues, leurs recherches vont devenir alors de plus en plus solitaires, loin de l'aide que pourrait leur apporter les personnels du pénitencier, jusqu'à les laisser seuls en prise avec des intrigues s'éloignant du réel…
Un huis clos de plus en plus serré donc, ou la folie et l'emprisonnement vont passer du décor au sujet au fil des pages…
Les aquarelles de De Metter illustrent alors parfaitement cette ambiance par le jeu des taches de couleurs qui laissent vague les contours et rendent confus l'identification des personnages.
Et bientôt Martin Scorcese dirigera DiCaprio dans une adaptation de l'oeuvre au cinéma.
15:37 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : dennis lehane, christian de metter
vendredi, 14 novembre 2008
Magasin Général 4 - Confessions
En Juillet 2003, alors que Régis Loisel compose dans son atelier de Montréal le dernier volume de son excellente série, Peter Pan, il est rejoint par un nouveau colloc, Jean-Louis Tripp, qui, lui, travail sur son Paroles D'anges. Travaillant côte à côte, les deux auteurs vont comprendre la potentielle complémentarité de leurs oeuvres et donc s'associer pour créer un auteur fictif et lancer la série des Magasin Général.
Avec Marie, le premier volume, on entrait donc dans un univers étrange ou se mélange le travail de deux auteurs, à mon avis dominé par Loisel puisqu'il défini le trait (très proche de Peter Pan) et l'intrigue, quand Tripp donne la finition graphique et les lumières. Avec Serge puis Les hommes, les volumes suivants, l'histoire s'amorce réellement, on sort de la présentation d'un univers pour découvrir des intrigues particulières et des personnages attachants.
Avec Confessions, on entre de plein pied dans la logique de la série, un volume qui n'existe que par les précédents et pour les suivants, une virgule dans l'histoire de Notre Dame des Lacs. Ce qui me rappel le plaisir proustien des séries en bande dessinés qui consiste à relire une série à la sortie de chaque nouveau volume, comme on a pu le faire avec XIII, Largo Winch, Bluberry…
Après un clin d'oeil peut-être maladroit à la comédie populiste de Danny Boon, suite de l'histoire de Marie et Serge, la jeune veuve amoureuse et l'"étranger" qui s'intègre dans ce coin perdu du Québec, dans une intrigue très proche du Festin de Babette (cf Tome 2), avant de faire son coming-out, d'abord intime, puis de gérer cette situation sur le plan de la petite société qui l'accueil, intrigue motrice de ce quatrième volume.
11:40 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : magasin général, confessions, loisel, tripp
lundi, 13 octobre 2008
Marlysa
je comprends aujourd'hui l'agacement de certains dessineux (dont l'incomparable cébé, le lien vers son blog est sur cette page, je la vénère et lui rend grâce chaque jour) au vu des productions des éditions Soleil.
Si Lanfeust de Troy est une série réussie et sympathique où le mélange entre moyen-âge et SF avec un soupçon d'humour fausses-pubs dans la plus pur tradition de "l'esprit Canal", les nombreux avatars qui ont découlés de cette première réussite ternissent largement l'image de la maison.
Une petite fille arrivée mystérieusement dans un village de bouseux se trouve être, après avoir vécu une enfance heureuse, l'objet de légendes druidesques qui la proclament grande sauveuse de son monde menacé par des tribus sauvages et des esprits sombres venus de "l'autre côté", par delà la grande mer.
Non seulement les héroïnes aux formes plantureuses ressemblent violemment aux Cixi et Cian de Lanfeust, mais en plus les auteurs de ce torchon se permettent de joindre au groupe, également composé de mâles en manque de virilité dans un système matriarcal, une pâle copie du formidable Troll Hebus, héraut autrement fantastique.
La faiblesse et les incohérence de scénario, ainsi que la nullité des dessins donnent globalement l'impression d'une BD réalisée par une horde de stagiaires précaires longues durée (Didier Porte est mon guide), copieurs invétérés tout juste sortis de leurs provinciales formations, en position parfaite pour accepter n'importe quel job dans le but non-avoué de "pénétrer le milieu".
à fuir donc.
12:06 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : marlysa, soleil
mardi, 01 juillet 2008
Le décalogue
Un très beau projet de Frank Giroud en 10 volumes qui nous mène, de nos jours au début de l'Islam, sur la piste d'un mythe, un os de dromadaire, qui aurait accueillit les dernières sourates de Mahommet.
Au fil des époques et des histoires singulières, illustrées chacunes par un illustrateur différent, Giroud nous conte les péripéties des personnages qui ont tenus entre leurs mains la preuve des dernières volonté du prophète, instrument qui aurait pu devenir fondateur dans l'histoire de la religion, mais qui ne parvient qu'à détruire des histoires individuelles.
La variété des scénarios et des dessins donnent une belle dimension à l'oeuvre et permet au récit de devenir multiple tout en étant continuel, la loi des séries…
13:41 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : le décalogue, giroud
lundi, 07 avril 2008
Le Combat ordinaire
La (désormais) quadrilogie formidable de Manu Larcenet, peut-être le meilleur auteur de BD français vivant.
Non la bande dessinée n'a plus rien à voir avec un genre de littérature spécialisé pour enfants où les images simplifient le message; c'est désormais bien de 9° art qu'il s'agit!
Larcenet met en scène son vécu, rehaussé par sa moralité, un univers un tantinet bobo, mais qui nous ressemble tant…
Fils d'ouvrier et donc pour échapper à l'inévitable reproduction de classe, il devient artiste, photographe, illustrateur, il quitte Paris pour la campagne, une gentille maison où il va conquérir sa légitimité d'homme, en devenant auteur, en se confrontant et en témoignant sur son passé industriel, en devenant part d'un couple, puis d'une famille.
Les planches de BD aux belles couleurs, avec des personnages aux corps d'enfants (on sent l'ancien spectateur de mangas…) sont entrecoupées de planches de "photos", à la réalité plus crue, qui symbolise plus le monde intérieur, l'angoisse, le réel dur.
S'ajoute à cet univers un humour très présent et toujours juste, non pas comme une obligation d'auteur de bandes dessinées, mais comme une autre part d'un talent multiple et précieux.
16:10 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : manu larcenet