lundi, 09 mars 2009
Slumdog millionaire
Décidement étonnant Danny Boyle, qui continue à tourner avec succès des films dans des registres si différents, capable de proposer un jeu de huis clos bien scénarisé (Petit meurtre entre amis), un film identificatoire sur la classe moyenne écossaise (Trainspotting), une fable sous forme de comédie musicale (A life less ordinary), un film de zombies (28 jours plus tard) et un hommage réussi à 2001 (Sunshine).
En oubliant cinq minutes la pluie de récompenses que le film a reçu à la dernière cérémonie des oscars, prix auquels je suis bien peu attaché, vu les navets récompensés dans le passé (Shakespeare in love, Romeo + Juliette…), on peut s'attarder sur les véritables qualités de Slumdog Millionaire: bien sûr Boyle n'en étant pas à son coup d'essai, il manie désormais la caméra, la lumière et le montage avec brio, mais il est aussi capable de donner une dimension bien supérieur à son film en lui donnant une profondeur considérable par bien des aspects.
Il faut bien se rappeler que jusqu'en 1947, l'Inde était une partie de l'empire britannique, ce qui donne un intéret bien spécifique à la réalisation par un britannique d'un film en Inde. A plusieurs reprises, il est fait référence à la pratique du jeu de criquet, activité installée ici par les collons. Le héros issu d'un bidonville, voit peu à peu son environnement changer au profit d'un modèle typiquement anglo-saxon, le néo-libéralisme "à la Tatcher". Boyle use de l'environnement indien dans sa réalisation avec pudeur, traitant avec une vérité documentaire de la réalité de la vie à Bombay, de la pauvreté des populations et des antagonismes entre confessions, n'usant des clichés bolywoodiens que pour le générique de fin, le temps d'une chorégraphie hors-scénario.
Arrivé miraculeusement sur le plateau de "Qui veut gagner des millions?", Jamal a la chance inouïe de connaître les réponses à toutes les questions posées jusquà gagner la somme maximum: 20 millions de roupies, ce qui le propulse du jour au lendemain à un niveau de richesses et de célébrité atteignable par les gens de son origine, seulement par la voie de la délinquance, modèle choisie par son frère.
Incrédules quand à la capacité de cet être misérable à posséder un tel niveau de connaissance, le présentateur/producteur du jeu va le faire arrêter, ce qui donne lieu au mode de narration du film qui va continuellement faire des allers-retour entre le bureau du commissaire qui intéroge Jamal et des flash-back qui amènent progressivement le jeune homme à réconter l'histoire de sa vie.
On se trouve alors un peu devant une version moderne des contes des mille et une nuits, puisque Jamal, d'abord torturé par les policiers en charge de son intérogatoire doit faire preuve d'une imagination suffisante pour faire croire à sa capacité de connaître effectivement toutes les réponses, sous peine de retourner aux éléctro-chocs.
Et puis si l'histoire est belle et prenante, il est quand même tout à fait incroyable que non seulement il connaisse ces réponses malgré son ignorance absolue du reste des connaissances humaines, mais qu'en plus les clefs de ces réponses se trouvent dans sa biographie, dans le même ordre chronologique et chaque fois marquées par un évenement fort et traumatisant.
Ne serai-ce plutôt Jamal qui use de son pathos personnel pour faire des liens fictifs entre son vécu et les réponses au jeu, afin d'endormir son geôlier par de belles histoires et rendre plausible son honnête victoire?
En y repensant, je me dis que ce qui m'a touché aussi dans ce film, et comme je suis relativement un grand fan de son réalisateur, c'est les similitudes avec Le Temps des Gitans: parce que toutes les séquences autour de Jamal et de son frère, quand ils sont petits, se mettent à travailler pour un type fort riche, sorti de leur misère, comme un modèle de réussite, mais qui se révèle finalement être un exploiteur d'enfants, qui font alors la manche pour son compte, ça rappelle grandement une partie du scénario du film de Kusturica!
15:19 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : slumdog millionaire, danny boyle, dev patel, mia drake, freida pinto
Commentaires
Il ne s'appel Djamel mais Jamal....
Ecrit par : FEVRIER | mardi, 03 mars 2009
si si, il s'appel bien Jamal…
Ecrit par : Math | lundi, 09 mars 2009
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